Cour de cassation, première chambre civile, 13 novembre 2008 - les droits dauteur de linstituteur du film documentaire "Etre et avoir"
- Bibliographie exhaustive sur l'affaire
- Notes de jurisprudence
- Articles
- Ouvrages
- Bibliographie sélective
- Notes de jurisprudence
- Articles
- Déroulement de l'affaire
- Concernant les droits d'auteur de l'instituteur du film documentaire ''Etre et avoir''
- En matière de droit du travail
- Concernant les requêtes des familles des enfants du film
- Concernant le procès engagé par l'auteur de dessins apparaissant accessoirement dans le documentaire
- Résumé
- Synthèse et discussion
Après avoir été sélectionné, ainsi que sa classe d’une dizaine d’élèves par Nicolas Philibert, réalisateur du film documentaire, Georges Lopez, instituteur d’une école de campagne, a été filmé pendant neuf mois dans l’exercice de sa fonction. À la suite du succès rencontré par le film auprès du public, le mobilisant du même coup pour la promotion du film, M. Lopez exprime l’idée qu’il a travaillé non seulement à l’élaboration mais également à la promotion du film, travail pour lequel il souhaite être rémunéré. Il devait être défrayé pour les frais engagés, mais refusa néanmoins les indemnités, réclamant la conclusion d’un contrat de travail auprès de la société distributrice du film (SA Films du Losange).
Cet arrêt soulève un certain nombre de questions relevant du domaine juridico-social. Seul l'univers de la fiction est celui de l'artiste-interprète ; le documentaire, la réalité audiovisuelle, est un lieu d'ostracisme pour l'acteur. Pourtant la revendication de l'instituteur, qui a ouvert sa classe au cinéaste, est-elle, au fond, illégitime ?
En effet, Georges Lopez est, sans nul doute, la figure principale du film à qui l'on peut, a priori, imputer la matière première du « scénario ». Ainsi n'était-il pas fondé, pour ce professeur, de demander un cachet en vertu de ses éventuels droits d'auteur sur un succès auquel il a largement contribué ?
[...] Cour d’appel Montpellier mars 2004 : le jugement du Conseil de prud'hommes est confirmé en appel. Cass. soc févr : le pourvoi de l’instituteur est rejeté : après avoir rappelé la définition classique du salarié, la Cour de cassation constate que l’instituteur n’était soumis à l’autorité d’aucun des préposés de la société, qu’il ne recevait aucune directive ou consigne, ni même avis ou conseil, pour les interventions proposées qu’il était libre d’accepter ou de refuser, et n’avait aucune obligation de se plier aux plannings prévisionnels de l’opération de promotion Concernant les requêtes des familles des enfants du film : TGI Paris novembre 2006 : sept des neuf familles des enfants du film Etre et avoir ont assigné devant le Tribunal de grande instance de Paris le réalisateur, les diffuseurs et les producteurs du film pour leur réclamer des dommages et intérêts. [...]
[...] Lopez à la captation de son image ne semble pas souffrir de doute. Cet arrêt est l’occasion de nous interroger sur le statut juridique de la réalité et de son rapport à la gratuité. Dans un documentaire, même si, comme le relève le tribunal, on est face à une construction le statut de la réalité cinématographique change du tout au tout : il ne s'agit plus inventer le réel mais de l'exposer ; certes, ce réel n'est pas montré de façon brute et immédiate mais la construction à laquelle il donne lieu est constituée de ce réel même. [...]
[...] Il a dès lors engagé une procédure à l'encontre des titulaires des droits d'auteur sur le film, leur reprochant d'avoir utilisé (c'est-à- dire fait usage des droits de reproduction et de représentation) ses œuvres sans son autorisation. Le dessinateur a été débouté de ses demandes. Il interjeta appel. Cour d’appel Paris septembre 2008 : la Cour d’appel de Paris a rappelé que la reproduction et la représentation d'une œuvre n'est pas une communication au public (et ne nécessite donc pas l'autorisation de l'auteur) lorsqu'elle est accessoire par rapport au sujet traité et a considéré que les œuvres Gafi n'avaient qu'un caractère accessoire dans le film. [...]
[...] Dans l’arrêt rendu le 13 novembre 2008, la Cour de cassation l’a débouté de toutes ses demandes. Cass. Civ. novembre 2008 : arrêt de rejet de la Cour de cassation. Le rejet du pourvoi en cassation marque l'épuisement des voies de recours dans l'ordre juridique français, à l'exception de la révision, ce qui ouvre la voie à un recours devant la Cour européenne des Droits de l'Homme. La décision attaquée devient irrévocable. En matière de droit du travail : Cons. [...]
[...] Déroulement de l’affaire Concernant les droits d’auteur de l’instituteur du film documentaire Etre et avoir : TGI Paris septembre 2004 : l’instituteur (M. Lopez) saisit le TGI de Paris pour se voir reconnaître des droits sur l’œuvre. Refus de toutes ses demandes par le tribunal. Cour d’appel Paris mars 2006 (4e chambre) : la Cour d’appel de Paris rend alors un arrêt confirmant les positions des premiers juges. Cet arrêt est intéressant puisqu’il dresse strictement les contours des droits des personnes filmées dans un documentaire, fermant vraisemblablement un contentieux important qui aurait pu se développer. [...]
[...] - Cour d’appel Paris septembre 2008, Société des Auteurs des Arts visuels et de l'Image Fixe (SAIF) et Merel contre Maia Film, à propos du film Etre et Avoir : P-Y Gautier, Le triomphe de la théorie de l'arrière-plan, CCE 2008, 11, p 20-23. - Sur l’affaire : Diverses questions de droit d'auteur posées par le documentaire Etre et avoir Recueil Dalloz 2008, p M. Serna, Espace juridique de l'artiste-interprète au sein de l'espace audiovisuel, Recueil Dalloz 2005, p M. Serna, Enjeux juridiques et judiciaires du documentaire audiovisuel, Recueil Dalloz 2007, p Ouvrages V. [...]
[...] Face aux demandes réitérées de l’instituteur, des craintes se sont élevées. À ce débat sur le sens et la philosophie de la création documentaire, s’est ajoutée, l’inquiétude, exprimée sous la plume de certains auteurs, quant à la privatisation de la réalité. Peut-on tout s’approprier y compris ce qui relève de la simple observation de la réalité ? Existe-t-il encore des informations gratuites ou libres (de droit)? Extrapolation intéressante. L’instituteur prétendait être l'auteur du cours qu'il donnait à ses élèves devant les caméras, ce qui aurait fait du film une œuvre dérivée. [...]
[...] La première chambre civile de la Cour de cassation, le 13 novembre 2008, rejette le pourvoi mettant ainsi un point final à ce périple judiciaire. Synthèse et discussion L'idylle du film documentaire Etre et avoir fut brisée d'un seul coup lorsque M. Lopez, l’instituteur filmé dans le cadre de son activité, se mit en tête de réclamer une participation financière au film. Ce fut un véritable maelström médiatique qui tournait autour d'une seule idée : si la réalité devient payante, alors c'est la mort du documentaire, cet ultime refuge du vrai cinéma ! [...]
[...] donner prise au droit d’auteur sont également considérées comme dépourvues d’originalité. En l'espèce, le cours se résumait à l'application concrète d'une méthode et à des dialogues spontanés avec les enfants S’agissant de l’absence de conscience de créer, la Cour de cassation note que les la spontanéité des propos échangés, tant avec les élèves qu’avec leurs parents dans leur quotidien révèle qu’ils ne sont pas le fruit d’une création préexistante La technique pédagogique mise en œuvre n’a pas résulté d’une volonté de créer, que l’on retrouve en revanche dans les improvisations; ce qui leur permet de figurer parmi les œuvres susceptibles d’être protégées par le droit d’auteur. [...]
[...] (correction) Il aurait fallu prévoir un contrat (c’est bien un acte de prévision) entre les parties afin de répondre, en amont, à toutes les questions soulevées ci-dessus. Les parties auraient pu s’entendre sur une rémunération symbolique de l’instituteur en cas de succès du documentaire. C’est le succès commercial du film qui a surpris tout le monde. Le contrat aurait alors été une spéculation sur l’avenir du film. La question du droit à l’image aurait été réglée, ce qui aurait évité les détours, toujours délicats, par le consentement tacite de l’instituteur. [...]
Deuxième chambre civile de la Cour de cassation, 10 mai 2001 - la responsabilité des père et mère...
«L'affirmation de l'absence d'une nécessaire faute de l'enfant. Une évolution jurisprudentielle. Une responsabilité parentale malgré l'irresponsabilité de l'enfant. La consécration d'une responsabilité parentale objective. Une sévérité accrue du régime de...»
«L'article 121 alinéa 1 du Code pénal dispose que "Nul n'est responsable que de son propre fait". Pourtant, le droit civil déroge à cette règle. Ainsi, les parents sont tenus de supporter les conséquences des actes dommageables commis par leur enfant. C'est à cette situation que la deuxième chambre...»
Existe-t-il un principe général de responsabilité du fait d'autrui ?
«La reconnaissance d'un principe général de responsabilité du fait d'autrui. L'évolution jurisprudentielle vers la reconnaissance d'un principe général de responsabilité du fait d'autrui. Le domaine d'application de l'article 1384 al 1er et la nature de la responsabilité générale du fait...»
«Il convient avant tout de préciser que l'interrogation posée n'intéresse que le domaine de la responsabilité délictuelle. En ce qui concerne la responsabilité contractuelle du fait d'autrui, il est rare que le débiteur exécute seul ses obligations. Le plus souvent, il confie tout ou partie de...»
Arrêt de la troisième Chambre civile de la Cour de cassation, 13 juillet 2010, n 09-67.516
«L’assimilation du manquement contractuel à la faute délictuelle à l’égard des tiers. Le principe de distinction entre les ordres de responsabilité. L’invocation du manquement contractuel par le tiers. L’affaiblissement entre les ordres de responsabilités contractuelle et...»
«Depuis l'arrêt de l'Assemblée plénière de 2006, le tiers peut invoquer le manquement contractuel du débiteur pour engager la responsabilité de celui-ci sur le fondement délictuel. On aurait pu penser un temps que la troisième chambre civile était réticente à appliquer cette solution. Tout doute a...»
L'équilibre contractuel
«L'équilibre contractuel laissé à la libre appréciation des parties. La liberté contractuelle exclut toute idée d'équilibre contractuel imposé aux parties lors de la formation du contrat. La force obligatoire du contrat exclut que la théorie de l'imprévision ne soit admise pour rétablir l'équilibre...»
«Le problème est de savoir si un cocontractant peut se fonder sur un équilibre contractuel gravement défaillant pour remettre en cause un contrat, soit en vue de son anéantissement total ou partiel, soit d'une simple révision. Si 'le droit tend de plus en plus à faire reposer le contrat sur la...»
