Cour de cassation, chambre commerciale, 27 mars 2007, Hoquet c/ Mdm Multimedia
- La nullité du contrat pour dol
- L'exigence d'une erreur déterminante chez la victime du dol
- Indifférence des juridictions quant à un des moyens soulevés par le demandeur
- La cause du contrat : d'une appréciation objective à une appréciation subjective
- L'application de la jurisprudence Chronopost
- Une appréciation stricte de l'exigence de cause
La cause est parmi les concepts du droit des obligations celui qui a suscité le plus de débats doctrinaux. Le Code civil parlant tantôt de cause de l’obligation (article 1131), tantôt de cause de la convention (article 1132) il a en effet été très difficile de définir ce que l’on entendait exactement à travers cette notion. Après s’être plutôt tournée durant tout le XIXe siècle vers la conception donnée par l’article 1131 (cause de l’obligation), la jurisprudence a finalement évolué en prenant en compte pour apprécier l’existence de la cause, aussi bien la cause de l’obligation que la cause de la convention. Cette évolution est particulièrement présente dans l’arrêt commenté.
L’arrêt commenté est un arrêt rendu le 27 mars 2007 par la Chambre commerciale de la Cour de cassation.
En l’espèce, un contrat avait été passé entre un commerçant souhaitant installer un point de location de cassettes vidéo dans son commerce, et une société multimédia qui était chargée de l'approvisionner en cassettes en échange du paiement d’une certaine somme d’argent.
Le loueur de cassettes vidéo n’ayant pas reçu la somme d’argent convenue, adresse alors à son cocontractant une ordonnance d’injonction de payer. Refusant à nouveau de payer sa dette, ce dernier forme alors opposition en sollicitant l’annulation du contrat. Un jugement est rendu et un appel interjeté. Ce dernier déboute le locataire des cassettes de sa demande de nullité pour dol au motif que l’abonnement qu’il a souscrit l’a été sur des prestations dont il avait connaissance et rejette également sa demande de nullité pour absence de cause au motif qu’il n’établit pas l’impossibilité qu’il allègue de pouvoir réaliser la location de ses cassettes. Refusant donc d’admettre la nullité du contrat, la Cour d’appel condamne le locataire des cassettes (M. Hocquet) à rembourser le loueur (la société MDM).
La non révélation du vendeur à son acheteur d’informations dont ce dernier avait déjà connaissance, fut-ce par ses propres moyens, peut-elle être sanctionnée sur le fondement du dol ? La nullité du contrat pour absence de cause peut-elle être acceptée chaque fois qu’un des cocontractants fait valoir qu’il n’a pas d’intérêt réel au contrat ?
La Cour de cassation répond à ces deux questions par la négative en reprenant les motivations de la Cour d’Appel.
Il sera intéressant de voir la façon et les raisons pour lesquelles la Cour de cassation refuse au demandeur de reconnaître la nullité de son contrat pour dol (I) avant de s’intéresser plus précisément à l’illustration faite par cet arrêt de l’évolution jurisprudentielle de la notion de cause (II)
[...] La Cour de cassation ne peut donc ici que valider la décision de la Cour d’appel. Indifférence des juridictions quant à un des moyens soulevés par le demandeur Si les décisions de la Cour d’Appel et de la Cour de cassation sont ainsi justifiées quant au deuxième moyen du demandeur au pourvoi, on peut néanmoins se demander pourquoi ni l’une ni l’autre ne se prononce sur la recevabilité du premier moyen. En se bornant à énoncer que la Cour d’appel n’était pas tenue de suivre M. [...]
[...] En l’espèce, la Cour de cassation comme la Cour d’Appel, ont considéré que le contrat qu’avait envisagé M. Hocquet lors de son engagement n’était pas dépourvu de cause. Bien qu’il fasse valoir que la taille du village est beaucoup trop réduite pour qu’il puisse rentrer dans ses frais et réaliser des bénéfices en louant ses cassettes vidéo, la Cour d’appel a considéré que sa qualité de commerçant établi lui permettait avant la conclusion du contrat de se rendre compte de cet état de fait et donc d’adapter la convention. [...]
[...] En l’espèce, si le loueur lui avait révélé une telle information avant la conclusion du contrat, on peut penser que M. Hocquet aurait sûrement fait une recherche plus approfondie pour savoir s’il était raisonnable de rassembler deux points vidéo à des distances aussi proches. Même si l’arrêt ne le précise pas il est possible que M. Hocquet ne se serait pas engagé si le loueur avait mis à sa disposition les informations qu’il détenait. Néanmoins, la Cour d’Appel ayant jugé souverainement que ce moyen n’était pas fondé, on peut penser qu’elle avait à disposition d’autres éléments d’information sur lesquels baser sa décision. [...]
[...] Cour de Cassation, chambre commerciale mars 2007, Hoquet MDM Multimédia La cause est parmi les concepts du droit des obligations celui qui a suscité le plus de débats doctrinaux. Le Code civil parlant tantôt de cause de l’obligation (article 1131), tantôt de cause de la convention (article 1132) il a en effet été très difficile de définir ce que l’on entendait exactement à travers cette notion. Après s’être plutôt tournée durant tout le XIXe siècle vers la conception donnée par l’article 1131 (cause de l’obligation), la jurisprudence a finalement évolué en prenant en compte pour apprécier l’existence de la cause, aussi bien la cause de l’obligation que la cause de la convention. [...]
[...] La décision de la Cour de cassation se justifie sur un autre point. En admettant ici la nullité du contrat, elle aurait permis à n’importe quel individu souhaitant démarrer une affaire de s’y lancer sans y réfléchir plus avant, quitte à demander ensuite la nullité du contrat passé avec ses fournisseurs ou autres, si la situation ne se révélait pas telle qu’il l’avait imaginé. La Cour de cassation en admettant de façon restrictive la nullité des contrats pour absence de cause, permet ainsi d’assurer le respect d’une certaine sécurité juridique. [...]
Chambre commerciale de la Cour de cassation, 27 mars 2007 : la cause du contrat
«L'appréciation des éléments de validité contractuelle. L'absence de dol dans le contrat. La cause dans un contrat synallagmatique commutatif. Une mise en 'uvre jurisprudentielle controversée. Le maintien de la validité contractuelle. Un respect nuancé de l'équilibre contractuel.»
«« Le coeur du contrat est l'accord de volonté, qui en détermine la teneur », en affirmant cela Philippe Malaurie rappelle le principe directeur de la formation des contrats à savoir l'accord de volonté. Ce dernier étant l'émanation directe du principe fondateur du droit des contrats, à savoir la...»
Chambre Commerciale, 27 mars 2007: la cause
«Une conception élargie de la cause de l’obligation confirmée. L’existence d’une cause objective de l’obligation. La cause : Un instrument de contrôle de l’économie du contrat. Une requête en annulation du contrat pourtant rejetée. Le terrain probatoire et la situation...»
«M.x a conclu un contrat « de création d'un point de location de casettes vidéo » avec la société MDM multimédia. Celle-ci mettait à la disposition du locataire 120 cassettes vidéo pour une duré de 10 mois renouvelable moyennant une somme de 1326,67 euros. Le locataire comptait, par la suite,...»
Commentaire de l'article L.622-7 du code de commerce
«L’interdiction des paiements aux créanciers jugés inutiles à la procédure. Le gel des créances antérieures au jugement d’ouverture. Les créances postérieures au jugement d’ouverture de la procédure assimilée aux créances antérieures. Certaines exceptions au principe...»
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La société civile immobilière : instrument de gestion et de transmission de patrimoine
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